23 janvier 2019

Conseil N°22 : lettre d'accompagnement et soumissions


Il me reste moins d'une dizaine de conseils à vous donner, donc il est temps de parler un peu de la soumission du texte aux éditeurs !

Je sais que c'est un moment très angoissant (je suis passée par là aussi, je m'en souviens bien, et je ne dis pas que mes soumissions actuelles sont des parties de plaisir). Rappelez-vous que les éditeurs sont des êtres humains. Mais que ce sont des êtres humains qui viennent d'une autre planète concernant la gestion du temps ! Et ce sont avant tout des professionnels, donc parlons-leur comme tel (= ce ne sont pas vos amis, mais ce ne sont pas des dieux tout puissants non plus).

Alors, comment déterminer à quels éditeurs envoyer votre manuscrit ? (je mets du pluriel, car cibler un seul éditeur, c'est quand même miser gros sur un seul poisson de l'océan).
La ligne éditoriale des maisons d'édition est à la fois simple et complexe à cibler : elle correspond à ce que l'éditeur aime et est prêt à défendre. Donc, en lisant quelques livres au catalogue de la maison d'édition, vous aurez déjà une idée globale du genre de chose qui peut entrer dans cette ligne. Simple.
Sauf que si vous proposez un roman trop proche d'un autre déjà publié chez eux, ils diront "non" parce qu'ils l'ont déjà fait. Basique.
(j'arrête avec les références pourries).
Bien sûr, je ne parle pas du fait d'envoyer un recueil de poésie à un éditeur de romans de terroir, ou de la SF à quelqu'un qui ne publie que de la fantasy, hein. Ciblez. Renseignez-vous. Allez en librairie, regardez les couvertures, lisez les résumés. Empruntez des livres à la bibliothèque pour ne pas vous ruiner.

Après, il existe des ouvrages très utiles pour mieux connaître les maisons d'édition, comme le guide AUDACE (qui coûte cher mais est très complet, surtout pour ne pas se faire arnaquer par une maison à compte d'auteur) ou, dans les domaines de la SFFF, le Guide des éditeurs de l'imaginaire, qui vous permet de savoir quels éditeurs acceptent les premiers romans, le tome 1 d'une série, etc.

Bon, mettons. Votre roman est prêt (relu et corrigé au maxi). Vous avez fait une liste des maisons d'édition que vous aimez bien, qui vous font rêver, et où vous voyez bien votre roman.
Choisissez-en 3 ou 4 pour commencer (procéder par vagues, c'est bien, surtout si l'un d'eux vous répond avec un refus détaillé : vous pourrez corriger le manuscrit avant d'en tenter un autre sur la liste).
Regardez sur leur site internet les modalités de soumission : papier ou par mail ? Synopsis à joindre ou pas ? Et suivez les instructions.

Au niveau de la mise en page, si rien n'est spécifié, prévoyez au minimum :
* Du Times new roman, en taille 12 (c'est la base. Les polices farfelues ou trop petites, ça ne passe pas trop auprès de gens qui ont mal aux yeux à force de regarder des écrans et des papiers toute la journée).
* Un interlignage 1,5 (idem : l'interligne simple, ça grille la rétine). Je sais, vous aurez l'impression que votre manuscrit est énorme, surtout si vous devez l'envoyer sur papier... mais ne commettez pas l'erreur de tout serrer pour en faire rentrer plus sur la même page (j'ai voulu participer à un concours d'écriture au début de mon travail sur les fedeylins... ils demandaient les 30 premières pages. J'ai serré tout ce que j'ai pu en interligne simple, police 10, et recto verso pour leur en faire lire le maxi... une erreur de débutante !).
* Pas de recto verso, donc. On tue beaucoup d'arbres dans le monde de l'édition. Commencez à vous y habituer.
* Des marges confortables (on ne serre pas au maxi, surtout si on compte relier le manuscrit...)
* Un entête ou un pied de page avec votre nom, mail, le titre du manuscrit et, SURTOUT, les numéros des pages (ne sous-estimez pas la puissance de nuisance du chat de l'éditeur)
* La reliure, en général, c'est un plus, mais pas forcément les spirales des rapports de stage... Mon mari m'a fait découvrir les reliures en plastique sous forme de lien, qu'on peut ouvrir pour en détacher les pages au besoin... (j'en ai parlé il y a longtemps avec Lise Syven qui avait fait un article dessus)
* Une page de garde avec vos coordonnées complètes : Nom (+ pseudo), adresse postale, adresse mail, n° de téléphone. Titre du manuscrit. Moi, j'ajoute le nombre de signes, certains la tranche d'âge ou des infos utiles, mais pas la peine de trop en faire.
* Faites un PDF si vous envoyez par mail, pour éviter tout problème de format à l'ouverture (utile aussi si l'éditeur lit en numérique).

À part le manuscrit, qu'est-ce que vous envoyez ?

On vous demandera parfois un synopsis. Vu la complexité du truc, je vous en parle plus longuement demain. Sachez juste que c'est ce qu'on demande de faire aux gens qui se retrouvent dans le sixième cercle des enfers : écrire des synopsis avant de soumettre un roman.

Quoi d'autre ? Une lettre d'accompagnement. Ah... la lettre ! Qui ne s'est pas retrouvé bête en se demandant quoi mettre ? Même dans un mail où synopsis et manuscrit sont en pièces jointes, il faut bien dire quelque chose...
Vous savez quoi ? C'est hyper simple, en fait.

Vos coordonnées,
dont mail et n° de téléphone.
Les coordonnées de l'éditeur.
Le lieu, la date.

L'objet : soumission de manuscrit (ou soumission de : "votre titre")

Madame, Monsieur (ou le nom de la personne si vous l'avez. Vous pouvez être plus cordial si vous l'avez déjà rencontré en vrai !)

Je vous soumets aujourd'hui mon roman "Titre". Il s'agit d'un manuscrit de [fantasy/SF/autre ou rien] d'environ X mille signes (pas la peine de mettre au signe près) à destination d'un public [adolescent/tranche d'âge si jeunesse/adulte].
J'espère qu'il saura trouver sa place dans votre collection [nom de la collection qui prouve que vous n'envoyez pas complètement au hasard].

Cordialement,
Votre nom. 


C'est tout.


Pas la peine d'afficher votre CV, expliquer votre parcours ou à quel point vous êtes formidable. À ce stade, l'éditeur s'en contrefiche. S'il aime votre texte, vous aurez l'occasion d'échanger, et il verra à quel point vous êtes formidable. Ce n'est pas qui vous êtes qui déterminera si le texte sera publié ou non.

Idem concernant les vieilles recommandations du type "ma maman a adoré mon roman" ou "mon prof de français pense que j'ai du potentiel". Sérieusement, ne faites pas ça.

Pas besoin de dire de quoi parle l'histoire : de toute façon, l'éditeur va regarder le manuscrit puisque c'est ça qui va déterminer si le roman l'intéressera ou pas. Et puis, s'il y a un synopsis... tout est résumé dedans.
Faites confiance à votre texte ! C'est à lui de se défendre, maintenant !

Il y a une image que j'aime beaucoup utiliser : le manuscrit, c'est votre bébé (bon, jusque là, rien d'original). Au début, il est tout petit. Vous le faites grandir. Parfois, vous demandez à de gentils baby-sitters (= bêta-lecteurs) de le garder et vous le retrouvez tout barbouillé de peinture parce qu'ils ont bien joué ensemble... Vous le nettoyez. Au fur et à mesure, il grandit encore.
Un beau jour, il est assez grand pour quitter la maison...
Mais pour son premier entretien d'embauche (= face à un éditeur), vous ne serez pas avec lui à lui tenir la main ! Tout ce que vous pouvez faire, c'est l'aider à choisir un joli costume pour bien se présenter, et à lui de faire le reste...
Et, si tout va bien, l'éditeur devrait vous aider pour le présenter au reste du monde et le laisser vivre sa vie tout seul, comme un grand, dans quelque temps.

Maintenant... envoyez et prenez votre mal en patience (ou passez au roman d'après, celui qui repose, vous savez ?). Les retours des éditeurs sont en général très longs.
Mes premiers refus (sur la V3 des fedeylins), sont arrivés au bout de 3 semaines... et les derniers 3 ans après les envois. C'est LONG.

Vous pouvez éventuellement relancer au bout de 6 mois... mais sans abuser (on bascule vite dans une case "pénible"). Et ne likez pas tous les posts que l'éditeur partage sur les réseaux sociaux en pensant bien faire (pour qu'il ne vous oublie pas) : ça se voit et c'est lourd. Agnès Marot en parle dans ce message sur son blog (où elle donne aussi d'autres bons conseils, dont certains recoupent des choses que j'ai abordées par endroits).

Souvenez-vous que si on vous demande de l'argent (même 1 centime), ce n'est pas un vrai éditeur et que ce n'est donc pas un vrai "oui" (si vous ciblez bien vos envois, vous devriez éviter le problème).
Que les éditeurs qui ont refusé Harry Potter ne s'en mordent pas les doigts : s'ils n'y croyaient pas, ils ne l'auraient pas défendu comme il faut, et ça n'aurait pas été ce succès mondial... il vaut donc mieux avoir le bon éditeur au bon moment !
Que si ce n'est pas ce roman-là qui est accepté, ce sera peut-être sur le suivant...

Dans tous les cas... souvenez-vous que vous avez besoin d'un seul "oui" pour être publié !

22 janvier 2019

Conseil N°21 : un truc pour traiter les répétitions


Imaginons que vous soyez non plus au moment de la préparation (choix du temps, du point de vue, des personnages, recherches et méthodes de travail), ni au moment de la rédaction (avec vos rituels, vos objectifs...), mais au moment des corrections (mine de rien, on avance dans ces nombreux conseils, on se rapproche de la fin !).

Traiter les répétitions, c'est quelque chose qui fait partie du travail de correction de détail, que ce soit après le premier jet, ou dans vos différentes versions avant l'envoi à l'éditeur. Si tout va bien, elles vont vous sauter aux yeux pendant la relecture.
Ou alors, vous allez utiliser un logiciel comme Antidote, ou Répétition Détector, qui va vous les surligner.
Ou bien, ce sont vos bêta-lecteurs qui vont les pointer au fur et à mesure de leur lecture.

Même après, au moment des corrections éditoriales, on va vous les signaler (il en reste toujours malgré tout ce que vous avez pu faire avant).

Aujourd'hui, je vais donc vous donner un truc, une astuce, pour vous aider à les traiter plus rapidement.

Attention, vous êtes prêts ? Ça va aller très vite...

La première occurrence d'une répétition est celle à changer.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.

Bon, je suis sympa, je vous explique quand même : quand on balaye le texte et qu'on tombe sur une répétition, on tilte la DEUXIÈME FOIS où le mot apparaît. Donc on a tendance à vouloir changer celui-là. Et on bloque souvent en tournant autour... parce qu'en fait, c'est l'occurrence d'avant, qu'il faut modifier ! Et là, vous verrez, dans 95% des cas, vous trouverez super facilement comment la modifier.

Essayez, vous verrez !

21 janvier 2019

Conseil N°20 : Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage (versions et corrections, donc)


J'en parlais un peu dans le conseil N°16, quand je vous disais de laisser reposer votre texte : vous n'allez pas écrire un roman, mais plusieurs versions d'une même histoire. L'idée que vous avez en tête va évoluer au cours de l'écriture, ou alors vous ne parviendrez pas à l'apporter au lecteur exactement de la façon dont vous le souhaiteriez... donc, vous allez revenir dessus. Et même si ça vous semble presque parfait du premier coup (ah ah), le fait de laisser reposer le texte va vous permettre de le corriger avec un œil neuf. Puis l'éditeur vous poussera à l'améliorer encore. Et encore.

On peut passer sa vie sur le même roman, à le reprendre indéfiniment, sans en être jamais satisfait... Alors où et quand s'arrêter ?

Les corrections s'arrêtent quand le roman est publié. Point.

Et encore : s'il y a des trucs affreux qui traînent et qu'une réédition est envisagée, il y a souvent moyen de corriger le tir avant de donner le feu vert à l'imprimeur (ou si c'est en numérique, par exemple, c'est encore plus facile).
Imaginons que, des années plus tard, on vous propose de reprendre le texte ailleurs (chez un autre éditeur ou avec un format différent, comme une intégrale), vous aurez à nouveau l'opportunité de mettre les mains dans le cambouis.
Mais ces exceptions mises à part : les corrections s'arrêtent quand le roman est publié. Point.

Pour mon premier roman (le premier tome des fedeylins, donc), j'ai vu des tournures que j'aurais voulu changer au moment du BAT (Bon à Tirer : les épreuves corrigées, mises en page, c'est-à-dire celles qui vont partir chez l'imprimeur si tout va bien ou seront modifiées avant s'il reste des bricoles). Mon éditeur m'a plus ou moins fait comprendre que c'était compliqué, qu'il fallait remplacer un certain nombre de signes par le même nombre de signes pour ne pas faire sauter toute la mise en page... et j'ai laissé couler en me disant que, de toute façon, comme il s'agissait de mon premier roman, les lecteurs seraient peut-être indulgents s'il restait quelques maladresses (a priori, ça a fonctionné). Mais j'éprouvais quand même une minuscule honte à laisser des bricoles traîner. Alors, pour les romans suivants, mise en page qui saute ou pas, si je vois un truc qui ne me convient pas au moment du BAT, je demande une modification.
Je n'arrive plus à retrouver le nom de l'auteur qui corrigeait encore, sur la table de l'imprimeur, du temps où les lettres étaient mobiles, avant que le livre parte sous presse...

Quand je pense que certains ne relisent même pas leur BAT ! (conseil annexe : relisez toujours le BAT. Toujours. Prenez le temps qu'il faut. Demandez un délai. Faites-le ajouter dans le contrat au besoin si le délai n'est pas mentionné, car les éditeurs ont la fâcheuse tendance à envoyer le BAT à relire du jour pour le lendemain, comme si vous n'aviez pas un autre travail/des enfants/des trucs à faire/besoin de dormir...).

Bon. Maintenant, nouvelle question : quand estimer que le roman est assez corrigé pour être envoyé à l'éditeur ?
Oui, parce qu'on sait que, même si on a fait de son mieux et qu'on est un génie absolu, il y aura encore des versions par la suite. Donc il faut se mettre une limite.

Vous pouvez vous fixer un nombre de versions maximum à ne pas dépasser, par exemple. Moi, j'avais en tête Tolstoï, qui a réécrit 12 fois Guerre et Paix. Et, vu le pavé, ce n'est pas une mince affaire. Je m'étais donc dit "tant que je ne dépasse pas 12, ça va".
Mon roman a été accepté à la version 8 et c'est la 10 que vous pouvez trouver en librairie.


Bien sûr, il y a plus ou moins de travail entre les versions. Certains ont été des réécritures complètes. D'autres de la simple correction ortho/typo avec un balayage des répétitions, par exemple. N'empêche que ça compte, parce que travailler le style, ça prend du temps et de l'énergie (et qu'on a parfois envie de réécrire une scène plutôt que la corriger).

Sinon, vous pouvez vous fixer une deadline personnelle (une date butoir pour la fin du premier jet, et une pour viser à peu près à quel moment vous voulez soumettre). Comptez en années.

En faisant le total, pour "Comment je suis devenue un robot", qui sort en mars, c'est la version 8 qui sera en librairie, mais les éditrices ont accepté le texte sur la base de la version 4. J'ai eu la première idée en juin 2016 (presque 2 ans et demi de travail, donc). Pour les élémentaires, c'était au moins la 6ème qui a été envoyée à l'éditeur (je ne sais plus quand j'ai commencé, mais c'était avant 2010. Et il est sorti en 2017. Sept ans de boulot... mais avec une grosse pause de presque 5 ans entre deux versions, où le texte a dormi dans un tiroir). Alors que pour "Seuls les alligators vous entendront crier", dont on avait travaillé le synopsis en amont avec le directeur de collection, ça doit être la V2, c'est à dire mon premier jet après relecture et correction suite au repos (moins d'un an entre la première idée et la sortie).

J'en reviens à la question : "à partir de quelle version on peut/doit envoyer à l'éditeur ?". Je dirais : pas la V1, ça, c'est sûr et certain. Votre premier jet mérite un peu de respect, de repos, et de relectures et corrections de votre part (pour avoir une V2, donc). Ce roman mérite une bêta-lecture aussi, ce qui amènera de nouvelles corrections, et une V3 du texte.
Pour moi, c'est le minimum vital. J'ai eu les retours de gens de confiance pour savoir si ce que j'ai fait fonctionne (ou pas) et j'ai corrigé en fonction. À partir de là, je peux proposer aux éditeurs avec qui j'ai déjà l'habitude de travailler (et qui savent donc que je suis capable d'améliorer encore le texte si on me guide bien).

Si je compte envoyer à quelqu'un qui ne me connaît pas, ou dans le cas d'un premier roman, j'aurais tendance à conseiller de caroubler encore un peu en vérifiant, par une seconde vague de bêta-lecture, que les corrections apportées font leur effet.
Mais là aussi, le risque de vouloir des avis peut être infini... et vos bêta-lecteurs auront toujours quelque chose à remonter. Donc sachez aussi vous dire "stop", présentez joliment votre texte, envoyez, et avancez !

En conclusion : on n'envoie pas son premier jet, mais on se met des limites (en nombre de versions ou en temps) pour savoir quand s'arrêter !

20 janvier 2019

Conseil N°19 : Comment trouver de bons bêta-lecteurs ?


D'abord déterminons ensemble ce qu'est un bon bêta-lecteur : il s'agit d'une personne capable de lire une version non aboutie (= pas publiée) de votre texte, et de vous donner son avis objectif de manière à vous aider à corriger le manuscrit au mieux.
Un bon bêta-lecteur ne vous dit jamais ce que vous devriez faire : il vous dit comment il a ressenti l'histoire à sa lecture (à vous de trouver vos clefs de corrections).

Rappelez-vous qu'un lecteur NE SE TROMPE JAMAIS SUR CE QU'IL RESSENT.

Vous ne pouvez pas lui dire : "non, mais là, tu as mal lu... en fait, ce que je voulais dire, c'est..." : s'il n'a pas compris ou pas ressenti ce qu'il fallait, c'est que vous avez raté quelque chose et qu'il faut le corriger. Point.

Vous avez voulu faire de l'humour mais ce n'était pas drôle ? Un bon bêta-lecteur vous le dira.
Vous avez tenté de faire un méchant détestable ? Si votre bêta-lecteur le trouve attachant, c'est que vous avez mal fait votre boulot.
Vous avez une scène poignante qui vous fait pleurer vous même en relecture ? Si votre bêta-lecteur vous en veut à mort, c'est que c'est gagné !

Il est utile d'en avoir plusieurs sur une même version d'un manuscrit (2 minimum, mais pas trop non plus), de manière à comparer les avis : s'ils sont unanimes et que le même passage cloche chez tout le monde : zou, à revoir ! Si, au contraire, les uns adorent et les autres détestent... à vous de faire un choix ! Normalement, vous aurez à défendre ce choix auprès de votre éditeur... et de vos lecteurs, car vos bêta-lecteur sont représentatifs des retours que vous aurez plus tard.
Faire ces choix, c'est se former, se professionnaliser, et apprendre pour ne pas se retrouver perdu face aux corrections éditoriales.

En général, on a toujours autour de soi un proche ou deux, un ami, un parent, un conjoint, prêt à jeter un œil à ce que vous écrivez. Ça n'en fait pas un bon bêta-lecteur pour autant car beaucoup se contentent de dire "j'ai bien aimé", ou "je n'ai rien compris" (ça, c'est deux des meilleurs des cas... il est fréquent qu'ils ne disent rien du tout). Franchement, ce genre de retour ne va pas vous aider beaucoup pour corriger le roman.
Si tout le monde le trouve génial, ça fait du bien au moral, mais c'est louche : on peut toujours faire mieux (et vous allez tomber des nues quand le retour de l'éditeur va arriver, parce que même s'il adore, il y aura des modifs à faire).

Vous pouvez former ces proches à approfondir leur avis en leur posant des questions ("à quel moment tu as eu envie de continuer ? À quel moment tu t'es ennuyé ?" "Est-ce qu'il y a un chapitre qui t'a plu plus qu'un autre ? Un qui était moins bien ?", "Tu n'as rien compris... OK, est-ce que ça vient de l'histoire ou des termes utilisés ? Tu peux me surligner, sur ce passage, les phrases que tu dois relire avant de les comprendre ?") : faites-leur comprendre que toute critique vous aide.
Bien sûr, quelqu'un qui décrètera que "c'est à chier" ne sera pas forcément le meilleur pour votre moral (mais lui aussi, vous pouvez essayer de comprendre ce qui lui fait dire ça).
J'ai formé ma fille aînée, quand elle avait 8 ans, à surligner les mots qu'elle ne comprenait pas dans mes textes pour les plus jeunes : comme elle lisait beaucoup, je savais que si elle ne comprenait pas, aucun lecteur de son âge non plus !

Bref, d'après ces deux derniers paragraphes, vous comprendrez que vos proches ne sont pas forcément les mieux placés pour vous aider. Je vous conseille de continuer à leur faire lire votre production (pour qu'ils continuent de vous soutenir dans les moments de blues, et au quotidien) mais sans en attendre trop.

Par contre, vous pouvez trouver de l'aide ailleurs. Notamment auprès de jeunes auteurs comme vous, en mal de retours sur leurs propres textes. Car, vous savez quoi ? Lire le texte d'un autre en essayant de mettre des mots sur son ressenti de lecteur... hé ben ça aide vachement à voir ce qui ne fonctionne pas sur ses propres textes !

Pour moi, ça a été CoCyclics : un forum de jeunes auteurs qui s'entraident sur leurs manuscrits grâce à la relecture critique (dans les domaines de l'imaginaire, donc SFFF). En trois semaines sur le forum, j'ai plus appris qu'en trois ans toute seule. J'ai gagné énormément de temps. Et j'ai rencontré des personnes fabuleuses, qui sont toujours honnêtes avec mes textes, parce qu'elles ont envie de m'aider à les rendre meilleurs...
Un noyau dur s'est constitué presque naturellement, avec d'autres autrices dont j'ai relu les manuscrits aussi : en étant fan de ce que font les autres, ça aide ! Mais on continue à garder notre esprit critique les unes envers les autres, et cette honnêteté est aussi la base de notre amitié.
Aujourd'hui, je passe de temps en temps dire bonjour sur le forum, mais je ne bêta-lis plus en ligne (et je ne me fais plus bêta-lire non plus là-bas). Quand on a rencontré quelques personnes avec qui ça "matche", on peut laisser la place aux autres...

À part CoCyclics, il existe d'autres forums comme Le Mille-Feuilles (qui accepte aussi les autres genres littéraires, il me semble), ou celui des Jeunes Écrivains, par exemple.
Il en existe sans doute d'autres, et je pense que chacun doit trouver l'ambiance qui lui convient, mais une chose est sûre : grâce à Internet, vous ne serrez jamais seul avec vos doutes et vos questions.

Le mythe de l'écrivain maudit qui meurt, incompris, dans sa chambre de bonne parisienne, c'est terminé ! (maintenant, on peut être maudit et incompris dans sa campagne profonde, du moment où on a du réseau).

Vous avez aussi la possibilité de trouver un atelier d'écriture près de chez vous. En plus du fait de vous exercer dans plein de domaines, vous y rencontrerez d'autres personnes comme vous... et, qui sait, peut-être vos futurs bêta-lecteurs !

Et vous ? Vous les avez trouvés comment ?

19 janvier 2019

Conseil N°18 : Ne mettez pas toutes vos recherches dans le roman


Bon, je sais, je l'ai déjà dit. Mais si j'insiste, vous vous doutez bien qu'il y a une raison : c'est que tout le monde a envie de le faire à un moment où à un autre.

Imaginons que vous décidiez de travailler à partir d'un fait historique : vous allez vous documenter, creuser... découvrir des tas de choses super. Cool, tant mieux. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut absolument tout mettre, au contraire !

Si vous voulez mettre toutes vos recherches : faites un documentaire, pas de la fiction.

Même en écrivant une autobiographie, on ne met pas tout (et on romance un peu certains passages, j'en suis sûre). Donc, l'un des gros boulots de l'écrivain, c'est aussi de savoir trier ce qui sert à l'histoire, de ce qui est superflu.

Cette information renforce-t-elle la cohérence de votre monde ? Apporte-t-elle un élément de caractérisation au personnage ou une justification à ses motivations ? Est-ce qu'elle sera utile à plus ou moins long terme pour résoudre une part de l'intrigue ? Dans ce cas : à garder.

Est-ce que c'est juste trop cool ? Trop intéressant ? Nécessaire pour donner l'impression que vous connaissez votre sujet ? Dans ce cas : permettez-moi de hausser un sourcil en vous regardant jusqu'à ce que vous admettiez que, peut-être, effectivement, le roman n'en a pas besoin.

Je vais prendre un exemple personnel : pour Rhizome, j'ai tout un cahier plein de docs sur des évolutions possibles du monde après 2050 en fonction de ce qu'on sait, scientifiquement. J'ai un calendrier de l'année 2081 pour vérifier que mes personnages déménagent bien le samedi 5 juillet.
J'ai aussi bossé sur les différentes sondes et missions qui sont passées près des lunes de Jupiter (et quand, y compris celles déjà prévues mais pas encore lancées) pour évaluer comment mes Plantes avaient pu contaminer Ganymède et se développer là-bas. J'ai écrit tout un prologue avec différentes personnes impliquées dans la découverte des Plantes et leur acheminement sur Terre.

Au final, voilà un passage coupé (j'ai repris dans le premier jet brut pour vous monter. Il a été écrit début août 2016) :


4 septembre 2016

Deux mois que la sonde JUNO était arrivée en orbite autour de Jupiter. Les données scientifiques affluaient presque autant que les photos transmises par la JunoCam depuis fin août. Les employés de la NASA n’étaient pas les seuls à les décortiquer : un peu partout sur Terre, des curieux suivaient la progression de la mission grâce au site Internet mis en place à leur attention [http://www.missionjuno.swri.edu/junocam].

Comme la sonde New Horizons, qui avait survolé Jupiter et ses lunes en février 2007 lors de son voyage en direction de Pluton, JUNO avait pris quelques clichés des lunes galiléennes avant d’entrer dans l’atmosphère jovienne.
Toute l’équipe avait les yeux rivés sur Jupiter, sauf Eduardo Florès, qui n’avait pas été embauché pour travailler sur JUNO, mais sur le projet EGE (Europa Geophysical Explorer) qui prenait du retard, faute de moyens.
Le jeune homme ne s’intéressait pas à la géante gazeuse, mais à ses lunes, et Europe en particulier.
Sa fonction principale était de passer à la loupe toutes les photographies de la lune galiléenne afin de collecter un maximum d’informations. Après tout, si JUNO devait analyser l’atmosphère jovienne, EGE s’intéresserait aux océans glacés à la surface d’Europe. Il était également question de rechercher les meilleurs sites pour l’atterrissage d’autres missions, comme EAL (Europa Astrobiology Lander), qui partirait de Terre en 2022 pour atteindre Europe en 2035. Ses supérieurs lui avaient demandé de ne pas négliger Ganymède et Callisto dans ses observations, car la première avait un océan glacé proche de celui d’Europe, et la dernière conservait une réputation de potentielle base de ravitaillement parfait pour les missions à venir. Seule Io accaparait peu son temps.

Eduardo Florès zoomait sur la plus récente photographie de Ganymède envoyée par JUNO, quand un détail attira son attention. Le genre de détail qu’il était payé pour remarquer.
Ça ressemblait à une tache.
Eduardo vérifia la netteté de l’écran, la résolution, les rapports d’incidents… chercha à déterminer ce qui avait pu causer ce petit défaut noir, régulier comme un pixel mort, puis reprit d’autres clichés des jours précédents avant de se rendre à l’évidence : la tache apparaissait toujours au même endroit de la surface de Ganymède, alors que les photographies de Callisto et Europe ne présentaient rien de tel.
Il alerta aussitôt son supérieur hiérarchique, qui lui conseilla de comparer avec des clichés plus anciens.

C’est ainsi qu’Eduardo se mit à compulser les photographies prises par la sonde New Horizon en 2007. La tache se devinait si on savait où regarder, mais c’était tellement infime qu’on aurait dit qu’elle avait doublé de volume en neuf ans.

Eduardo remonta donc jusqu’aux données de la sonde Galileo, vingt ans plus tôt. La tache n’apparaissait pas à l’époque.

En comparant les agrandissements des mêmes coordonnées, le jeune homme ne put émettre qu’une seule conclusion : quelque chose avait changé, là-bas. Et, quoi que ce soit, le phénomène s’étendait.
Qu'est-ce qu'on peut conclure en lisant ce passage ?
Que c'est chiant. Et qu'on n'en a pas besoin, en fait.
Alors, OK, j'ai fait mes recherches. Mais si je mets ça dans le bouquin, le lecteur s'ennuie, et le récit met encore plus longtemps à démarrer (revoir la structure en 3 actes) ce qui fait qu'on a envie de poser le bouquin et on hésite à le reprendre...

C'est pareil pour toutes les recherches inutiles : si l'histoire peut s'en passer... virez tout, sans sentimentalisme !
Au pire, faites-vous un fichier "coupes" pour ne pas avoir l'impression de tout jeter.

Et, qui sait, ça vous servira peut-être plus tard... pour illustrer un article de blog, par exemple !!!

18 janvier 2019

Conseil N°17 : La théorie de l'envie de faire pipi (© Paul Beorn)


Paul Beorn est un auteur de talent, et un frère de plume. C'est aussi quelqu'un plein de bons conseils, comme vous pourrez le voir en remontant dans les articles du blog qu'il a un peu délaissé.

Un jour, je l'ai entendu parler de "la théorie de l'envie de faire pipi", et, comme c'est une théorie très juste, je me permets de la reprendre ici.

À vrai dire, c'est aussi une façon de répondre à la question "comment trouvez-vous votre inspiration" ?

Imaginons l'écriture comme un besoin naturel, équivalent à celui qui nous oblige à aller régulièrement aux toilettes vider notre vessie... oui, je sais, c'est super glamour. Mais bon. Imaginons.

Si vous restez assis, toute la journée, sur vos toilettes en attendant que "ça vienne", que se passe-t-il ? Quelques petites gouttes, de temps en temps. Mais globalement, il vaut mieux vivre votre vie, et, une fois de temps en temps, passer aux toilettes juste le temps dont vous avez besoin...

Pour l'écriture, c'est pareil. Si vous vous asseyez devant votre ordinateur en attendant que "ça vienne", et que rien ne vient...
Alors, bien sûr, vous pouvez forcer un peu en appliquant mon "mieux vaut écrire mal que ne pas écrire du tout" (qui n'entre pas dans la métaphore hygiénique, hein). Vous pouvez vous servir de vos rituels. Vous pouvez manger du chocolat et boire un thé ou un café.
Mais si malgré tout, rien ne vient ?

Eh bien allez vivre votre vie ! Sortez, voyez des gens, allez au cinéma, bouquinez, jouez avec vos enfants, faites vos courses ou votre vaisselle... et à un moment, ça va se débloquer.

Et là, vous pourrez aller devant votre ordi, et tout laisser couler ! (oui, je sais, il y a des métaphores type "écrire, c'est facile, il suffit de s'asseoir à sa machine et de s'ouvrir une veine" [c'est de Red Smith] qui sont vachement plus poétiques. N'empêche que je suis sûre que vous voyez l'idée).

Pour les proches d'écrivain, cette métaphore vous explique aussi pourquoi quand votre ami/conjoint/parent vous dit qu'il "doit aller écrire", ce n'est pas à prendre à la légère !

Un besoin d'écrire, c'est très physique. On peut le repousser un petit moment, quand on est coincé et qu'on ne peut pas faire autrement... mais, pas indéfiniment !

Bref, avoir des rituels et des moments consacrés à l'écriture, c'est bien. Voler du temps, c'est important. Mais si, quand on se retrouve devant sa feuille, on bloque : ce n'est pas grave. Ça viendra plus tard. 

17 janvier 2019

Conseil N°16 : laissez reposer votre texte


Voilà un conseil qui me semble essentiel et que trop de (jeunes) auteurs ne prennent pas en compte : le temps de repos d'un texte, comme le temps de repos d'une pâte qui doit lever, est essentiel !

J'ai eu l'occasion de voir autour de moi des auteurs qui terminaient le premier jet de leur roman et qui l'envoyaient en soumission à l'éditeur le lendemain. Si ça vous donne des sueurs froides, à vous aussi, c'est bien, vous êtes sur le bon chemin. Mais il n'y a pas seulement la question de la relecture et des corrections...

Le temps de repos est également nécessaire, simplement pour que vous puissiez vous rendre compte de ce que vous avez fait avec votre texte. 

Si j'écris un premier jet et que je le relis dans la foulée pour le corriger, bien sûr que je repérerais des incohérences, des bricoles, et des répétitions. MAIS, globalement, il ressemblera au roman que je voulais écrire (puisque c'est ce que je viens de faire).

Sauf que, si je le laisse reposer quelques semaines (voire quelques mois) pendant lesquelles je travaille sur une autre histoire, et/ou je bouquine, et/ou je fais autre chose, et bien, quand je vais le relire, je vais, en quelque sorte, le re-découvrir avec un œil neuf. Et je verrais non pas ce que je voulais faire, mais ce que j'ai vraiment fait.

Le temps de repos le plus difficile, selon moi, c'est entre la préparation, et la rédaction. Parce qu'on est à fond dans l'histoire et qu'on a envie de s'y mettre. J'avoue, ce temps de repos là, je le zappe souvent. Pourtant, il est utile aussi pour creuser un peu plus profondément ce qui nous paraissait une idée géniale et qui est juste moyenne, en fait, avec du recul !

Par contre, le temps de repos entre le premier jet et la V2, celui-là, je ne le rate jamais. Il est vraiment important. Après ma V2, normalement, j'envoie en bêta-lecture, donc le texte va se reposer par la force des choses, le temps d'avoir les retours... je pourrais donc attaquer les corrections et faire une V3 dans la foulée de la réception de ces retours.

Là, le risque est encore grand d'envoyer tout de suite aux éditeurs... mais un petit repos supplémentaire n'est pas du luxe avant une dernière relecture. Sauf en cas de deadline archi-courte qui vous oblige à accélérer à ce moment-là.

À moins d'avoir un éditeur qui attend votre texte pour le lire dans la semaine (cas extrêmement rare), vous allez encore patienter un moment avant de savoir si c'est oui ou non. Et, si c'est oui, vous allez encore patienter avant d'avoir le retour détaillé de l'éditeur pour corriger le texte. Pendant ce temps : passez à autre chose ! Et, vous savez quoi ? Le temps que vous passerez sur les corrections éditoriales sera peut-être le temps de repos du premier jet du roman suivant !

Les gens sont souvent très surpris quand ils découvrent que je travaille sur quatre romans en parallèle... parce qu'ils imaginent que j'écris un chapitre de l'un le matin, un d'un autre l'après-midi, un troisième le lendemain, etc, alors qu'en fait, je travaille sur un roman à la fois... mais je le laisse reposer régulièrement. Et je mets à profit ce temps de repos pour avancer sur une autre histoire, et ainsi de suite !

Si vous êtes dans une phase où votre esprit tout entier n'est tourné que vers une seule histoire, ce sera peut-être difficile pour vous d'alterner avec autre chose. Dans ces cas-là, mettez le temps de repos du texte à profit pour faire descendre votre PAL, par exemple ! Mais essayez de couper vraiment, sinon vous n'aurez pas assez de recul pour être objectif avec vous même. Attention, je dis bien objectif ! Il ne s'agit pas de tout mettre à la poubelle au moment de la relecture, mais plutôt d'ajuster en se posant des questions (sur les enjeux, notamment).

Et si on éprouve des émotions en relisant son propre texte, si on pleure, par exemple, sur la mort d'un personnage (alors que cette scène, on l'a écrite), alors, c'est gagné !